Critique Par les Bouches

Mise en scène Charlie Windelschmidt

©Nina Faidy

Par les bouches de la Compagnie Dérézo, à La Manufacture (hors-les-murs), offre un spectacle tout à fait original, dans un cadre magnifique. A déguster, sans hésitation, avant la fin du Festival Off D’Avignon.

Par les Bouches : un festin pour les sens et l’esprit

Avant même que le rideau ne se lève, ou plutôt que la bouche ne s’ouvre, le Château Le Plaisir, où se tient la représentation, enchante les yeux. À vingt minutes d’Avignon, à Aramon, cette bâtisse du XVIIe siècle se dresse au cœur de vingt hectares de nature généreuse. Les cigales chantent à tue-tête. L’air est épais et chaud. Le spectateur comprend immédiatement qu’il ne vient pas seulement voir une pièce. Il va vivre une expérience unique.

L’arrivée du public constitue déjà, à elle seule, une mise en scène. Une allée bordée de platanes centenaires guide les pas des spectateurs vers le lieu de la représentation. La lumière filtre entre les branches. Le crissement du gravier accompagne cette marche presque cérémonielle. Le chemin devient prologue. L’avancée se fait joyeuse procession, avant le repas théâtral qui s’annonce.

Au bout de cette allée surgit la scène, taillée en forme de bouche géante. Autour d’elle, quarante spectateurs prennent place, formant un cercle intime et curieux. Deux interprètes accueillent le public au son d’une musique ancienne, jouée en direct. L’instant a quelque chose de suspendu. On entre littéralement dans la bouche du monde, prêt à s’y laisser dévorer par une heure de théâtre.

Faire d’un repas un objet théâtral

Troisième volet du triptyque culinaire de la compagnie Dérézo, Par les bouches assume pleinement son ambition : faire d’un repas un objet théâtral à part entière. Deux interprètes-cuisiniers, (Mathilde Velsch et Robin Le Moigne), conteurs et marmitons, invitent le public dans leur cuisine improbable. Autour du grand comptoir de bois sculpté en bouche, l’assemblée devient convive et spectatrice à la fois, suspendue entre le récit et l’assiette.

Le propos se déploie avec intelligence et gourmandise. De la naissance à la mort, la pièce retrace l’histoire de cet organe si familier et pourtant si peu raconté. Berceau du chant, de la parole, du baiser et du sourire, la bouche devient ici le prétexte à une exploration aussi sensorielle qu’intellectuelle. Les expressions populaires resurgissent avec malice : avoir l’eau à la bouche, mettre les bouchées doubles, faire la fine bouche. Le langage se fait lui-même ingrédient du spectacle.

Conçus avec la complicité de l’autrice culinaire Miske Alhaouthou, mets et boissons composent un paysage gustatif à part entière, en résonance avec des textes puisés aussi bien dans le répertoire classique que contemporain. La mise en scène pioche dans la sociologie, la psychanalyse, l’ethnologie et la poésie pour nourrir cette parenthèse d’une heure. Des extraits de Nicolas Dissez, Xavière Gauthier, Paul Scarron, Hélène Clastres, Mélissa Da Costa et d’autres, émaillent le repas. Tandis que l’eau pétillante à l’hydrolat de rose de Damas, ou le cidre Finisterrae, accompagnent, noisettes torréfiées, crackers, bouchées, oeufs pochés ou potion magique au concombre. Un régal.

Par les bouches, de la compagnie Dérézo, réussit un pari original : accorder le goût et l’écoute, la bouche et les oreilles, dans une même partition sensible et savoureuse.

L’avis de M la Scène :

MMMM

TitrePar les bouches
TexteMiske Alhaouthou
Mise en scèneCharlie Windelschmidt
LieuLa Manufacture
DatesDu 4 au 21 juillet 2026
Durée2h
NoteMMMM
Site officielVoir le spectacle
Distribution

Metteur en scène Charlie Windelschmidt
Comédiens Mathilde Velsch et Robin Le Moigne
Autrice culinaire Miske Alhaouthou
Construction de décor Charlie Windelschmidt et Ronan Rouanet
Costumes Youna Vignault
Administration Sophie Desmerger
Production Mathilde Pakette
Diffusion Louise Vignault
Diffusion et communication Nina Faidy

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